Château de Dampierre : propriétaire et lignée des ducs de Luynes
Qui possède le château de Dampierre-en-Yvelines ? La lignée des ducs de Luynes de 1663 à 2018, puis le rachat par Franky Mulliez et la restauration.

Le château de Dampierre-en-Yvelines appartient à Franky Mulliez depuis août 2018. Avant lui, la famille de Luynes a possédé le domaine pendant 355 ans, de 1663 à 2018. Le fondateur de Kiloutou, lié à la famille Auchan, a racheté le château au treizième duc de Luynes pour financer sa restauration et l’ouvrir au public, chose faite en 2024.
Qui possède le château de Dampierre ?
Le propriétaire actuel s’appelle Franky Mulliez, né en 1947. Il rachète le domaine en 2018 à la famille de Luynes, qui le détenait depuis le XVIIe siècle. Cet entrepreneur a fondé Kiloutou, société de location de matériel créée en 1980, et appartient à la galaxie Mulliez, connue pour Auchan, Decathlon ou Leroy Merlin.
Son objectif diffère d’un simple achat patrimonial. Mulliez consacre une partie de sa fortune à restaurer un monument historique laissé fragilisé par le temps. Le chantier, lancé dès l’acquisition, vise une réouverture au public, après des décennies durant lesquelles les intérieurs restaient fermés.
La transaction marque une rupture rare dans l’histoire des grandes demeures françaises. Un domaine resté trois siècles et demi dans la même maison change de mains au profit d’un industriel décidé à le rendre accessible. Pour le contexte complet du site, notre guide du patrimoine du château retrace les grandes étapes.
La famille de Luynes, propriétaire pendant 355 ans
La maison de Luynes entre en possession de Dampierre en 1663. Le domaine revient alors à Louis Charles d’Albert de Luynes (1620-1699), deuxième duc de Luynes. Il est le fils du premier mariage de la duchesse de Chevreuse avec Charles d’Albert (1578-1621), premier duc de Luynes, connétable de France et favori de Louis XIII.
Cette continuité dynastique reste exceptionnelle. Sur 355 ans, le château traverse l’Ancien Régime, la Révolution, les deux Empires et trois Républiques sans jamais quitter la lignée. Peu de demeures privées affichent une telle stabilité de propriété.
Voici les figures qui structurent cette transmission :
- Louis Charles d’Albert de Luynes (1620-1699) : deuxième duc, il fait entrer Dampierre dans la maison de Luynes en 1663.
- Charles Honoré d’Albert de Luynes (1646-1712) : duc de Chevreuse, gendre de Colbert, commanditaire du château actuel.
- Honoré Théodoric d’Albert de Luynes (1802-1867) : numismate et archéologue, restaurateur du XIXe siècle.
- Philippe d’Albert de Luynes (né en 1977) : treizième duc, qui conclut la vente en 2018.
Le titre de duc de Luynes se double souvent de celui de duc de Chevreuse, ce qui explique l’usage des deux noms dans les sources historiques. Le château de Dampierre fut leur résidence principale durant l’essentiel de cette période.
La transmission du domaine s’opère d’abord par alliance. La duchesse de Chevreuse, figure célèbre de la Fronde, apporte Dampierre à la maison de Luynes par son premier mariage. Le domaine passe ensuite de père en fils, sans rupture majeure, à travers une succession de ducs qui cumulent charges de cour, fonctions militaires et goût pour les arts. Cette constance fait du château un témoin direct de l’histoire de la haute aristocratie française, de Louis XIII jusqu’au début du XXIe siècle.
Charles Honoré d’Albert de Luynes : le bâtisseur du château actuel
À partir de 1675, le duc de Chevreuse Charles Honoré d’Albert de Luynes (1646-1712) entreprend de moderniser Dampierre. Gendre de Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV, il fait appel à Jules Hardouin-Mansart, qui devient premier architecte du roi en 1681.
Les travaux s’étalent de 1675 à 1683. Mansart conçoit un édifice en briques roses et pierres blanches, flanqué de deux ailes symétriques, sur le modèle des grandes demeures du règne de Louis XIV. André Le Nôtre dessine les jardins à la française : parterres, canaux et miroirs d’eau structurent le parc.
Ce duc proche de la cour donne au domaine sa silhouette définitive. Le résultat vaut au château une réputation de « cousin de Versailles » selon Yvelines Infos, tant l’inspiration des bâtisseurs royaux y est lisible. L’architecture et les décors d’origine se découvrent aujourd’hui lors de la visite des intérieurs du château.
Le choix de Mansart n’a rien d’anodin. L’architecte travaille au même moment pour Louis XIV à Versailles, dont il signe la galerie des Glaces. Confier Dampierre à un tel maître d’œuvre place le duc de Chevreuse au cœur du goût officiel de son époque. Le parti pris d’un corps central encadré de deux ailes basses, ouvert sur une cour d’honneur et prolongé par les perspectives de Le Nôtre, fixe pour trois siècles l’image du domaine. Les propriétaires suivants la respecteront, n’ajoutant que des aménagements intérieurs.
Honoré Théodoric de Luynes : le duc savant du XIXe siècle
Après la Révolution, le château souffre de l’humidité et réclame une remise en état. Le duc Honoré Théodoric d’Albert de Luynes (1802-1867) engage cette restauration à partir de 1839. Numismate et archéologue reconnu, il veut aussi y abriter sa collection antique.
Il confie le chantier à l’architecte antiquaire Félix Duban. Autour de lui interviennent de grands artistes du temps : Jean-Auguste-Dominique Ingres, le sculpteur François Rude et le décorateur Charles Garnier participent au programme décoratif. La grande galerie est reconstruite pour accueillir les pièces de la collection ducale.
C’est dans ce cadre qu’Ingres reçoit en 1839 commande de deux fresques pour la salle de Minerve. Il y peint L’Âge d’or, œuvre monumentale restée inachevée après un désaccord avec le duc. Ce chef-d’œuvre figure aujourd’hui parmi les pièces maîtresses du domaine. Le travail de Le Nôtre, lui, se redécouvre dans les jardins du château restaurés.
Ce duc savant illustre une autre facette de la propriété aristocratique : le mécénat. Plutôt que de figer le château dans son état du XVIIe siècle, il en fait un écrin pour les arts et l’érudition de son temps. La grande galerie, reconstruite sous sa direction, devait présenter ses antiques. Le programme décoratif, mêlant peinture, sculpture et architecture, ajoute une strate néoclassique au geste classique de Mansart. Cette double identité, baroque par sa structure et romantique par ses décors du XIXe siècle, distingue Dampierre des châteaux restés purement Grand Siècle.
La vente de 2018 : la fin d’une époque
En 2018, Philippe d’Albert de Luynes, treizième duc né en 1977, vend le château de Dampierre. La famille met ainsi fin à 355 ans de présence ininterrompue. L’entretien d’un monument de cette ampleur, classé monument historique depuis 1928, pesait lourd sur les finances de la maison.
L’acquéreur est Franky Mulliez, qui signe l’achat en août 2018. Le journal Le Journal des Arts évoque un montant compris entre 40 et 60 millions d’euros pour la transaction. La somme reflète l’état du bâti et l’étendue du domaine, de l’ordre de 400 hectares entre château, jardins et forêt.
Cette vente alimente la chronique patrimoniale française. Un duc cède la résidence historique de sa maison à un industriel issu de la grande distribution, dans un contexte où l’entretien des grandes demeures privées devient un défi récurrent. Le domaine de Dampierre entre alors dans une phase de mutation profonde.
Franky Mulliez et le grand chantier de restauration
Dès l’acquisition, Franky Mulliez lance les travaux. Il recrute Pascal Thévard, ancien directeur général du château de Chambord, pour piloter le projet. Ce choix signale une ambition de niveau patrimonial, loin d’un simple ravalement.
Le chantier se déroule par étapes. Les toitures et façades passent d’abord entre les mains des restaurateurs, puis les intérieurs. La restauration des espaces intérieurs, achevée en 2024, représente un coût d’environ 50 millions d’euros selon Assurances de Châteaux. L’ensemble compte parmi les plus grands chantiers privés de restauration d’un monument historique en France.
Plusieurs jalons marquent cette renaissance :
| Étape | Période | Contenu |
|---|---|---|
| Rachat | Août 2018 | Acquisition par Franky Mulliez à la famille de Luynes |
| Extérieurs | 2019-2021 | Toitures, façades et grille d’honneur |
| Intérieurs | 2022-2024 | Salons, escalier d’honneur, salle de Minerve |
| Ouverture | 2024 | Accès du public aux intérieurs restaurés |
Le 4 avril 2024, la ministre de la Culture Rachida Dati inaugure la grille restaurée du château, geste symbolique d’une réouverture longtemps attendue. Les intérieurs deviennent accessibles au public la même année, une première depuis des décennies.
Pourquoi le château avait-il besoin d’un nouveau propriétaire ?
Un monument de 400 hectares classé depuis 1928 exige un entretien permanent et coûteux. Les dégâts liés à l’humidité, déjà combattus au XIXe siècle, réclamaient des interventions lourdes. Pour une maison privée, même ducale, la charge devient difficile à porter sur la durée.
Le rachat par Franky Mulliez répond à cette équation. Un capital industriel finance la remise en état, là où la transmission familiale seule ne suffisait plus. Le pari : transformer un domaine fermé en site visitable, générant ses propres ressources par les visites et les événements.
Le résultat se mesure aujourd’hui sur place. Le château reçoit des visiteurs toute l’année, propose des visites guidées et accueille des manifestations saisonnières. Le village qui l’entoure profite de ce regain d’attractivité, comme le détaille notre guide de Dampierre-en-Yvelines. Pour préparer une découverte sur place, consultez aussi notre page dédiée à la visite du château.


